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LE TRAFIC INTERNATIONAL DE FAUSSE MONNAIE (extrait du livre de N. Yorongar : Tchad, le procès d’Idriss Déby aux éditions L’Harmattan)
L’affaire est en ce moment jugée par la chambre correctionnelle. Mais, Hassane fadoul, le principal concerné, pris la main dans le sac à Paris se voit refuser le visa d’entrée en France par l’Ambassadeur de France à Lomé ou Cotonou.
« Par pure coïncidence, l’incontournable ami de Déby..., Pierre Aïm, serait en relations d’affaires avec Idriss Outman, directeur général de la Banque de développement, suspecté de couvrir des trafics en tous genres. Le petit frère d’Idriss Outman, Abakar, travaillerait pour Aïm à Monaco. » [1] « Le faux monnayage a droit de cité en Françafrique, grâce notamment au régime du Président tchadien et de feu le nigérien Maïnassara. » [2] À l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle (Paris), Hassan Fadoul Kittir, conseiller spécial d’Idriss Déby, Lazare Pedro, homme d’affaires et Idriss Outman, directeur général de la Banque de Développement du Tchad (BDT), sont arrêtés avec un sac contenant des faux billets de Bahreïn équivalant à 2 milliards de FF. Inculpés par la justice française, ils seront libérés et renvoyés au Tchad. Revenu en France, Hassan Fadoul est de nouveau arrêté et libéré sous caution. Sortant de l’audience de la 17e chambre correctionnelle de Paris, qui juge MM. Verschave et Beccaria, le 6 mars 2001, Hassan Fadoul Kittir, témoin à charge contre Idriss Déby, se confie au journal électronique Alwihda. On lira avec grand intérêt cette interview [3] riche en enseignements, prouvant la complicité du chef de l’État tchadien, Idriss Déby, dans ce crime de faux monnayage. « L’été 1998 a plus fortement illustré encore la décomposition criminelle de ce pouvoir installé par la DGSE. Une énorme affaire de faux monnayage a émergé par des proches du président Déby... » [4] affirme Verschave dans son livre. J’ai encore dénoncé le faux monnayage dans mes campagnes électorales de 1996 et 1997. M. Armand Grah est chargé par eux de faire fabriquer, à titre d’essai, des faux billets. Sept milliards de faux, imprimés en Europe, sont stockés à Abidjan. Sous prétexte d’une évacuation sanitaire du Gong (sultan) de Léré à Abidjan, par l’avion présidentiel, l’aéronef devait, en réalité, rapatrier les faux billets à N’Djaména. Mais, affirme M. Grah, il n’y a pas eu entente avec les faussaires français sur les modalités de leur rémunération. Du coup, ces faux billets n’ont pas été amenés à N’Djaména pour y être écoulés, ils ont été débarqués et stockés à Lomé à l’abri des yeux et oreilles indiscrets. Une fois à N’Djaména, M. Armand Grah manifeste ouvertement son mécontentement. Il est arrêté pour éviter qu’il ne parle. Sa confession et le pathétique SOS qu’il a adressés au chargé d’affaires de l’ambassade de France au Tchad, M. Luc Furhmann [6], sont on ne peut plus explicites. L’autre filière est celle qui a entraîné l’arrestation de M. Hassan Fadoul Kittir et ses compagnons en juillet 1998 à Paris. Deux milliards de FF en monnaie de l’émirat de Bahreïn, transportés par MM. Hassan Fadoul Kittir et Idriss Outman, nommés à cet effet respectivement conseiller spécial du chef de l’État et directeur général de la Banque de développement du Tchad (BDT), sont interceptés par la police française. En plus de la fillière franco-africaine, Armand Grah, soupçonné de l’avoir dénoncée à la police française, est arrêté sur ordre supérieur. Selon le quotidien français Le Monde du 23 mai 1999, plus de 7,9 tonnes de ces faux billets sont stockées sous bonne garde à la présidence de la République, à N’Djaména. En fait, peut-être trois fois plus, selon Hassan Fadoul Kittir ! [7]
Le 23 mai 2000 le général Youssouf Boy, commandant de la Garde présidentielle et de surcroît beau-frère d’Idriss Déby (mari de sa sœur cadette), est intercepté avec de volumineux sacs contenant des faux billets de banque par le premier adjoint au commandant de brigade de la gendarmerie de Kousseri, ville camerounaise située en face de N’Djaména. Tout le microcosme policier, militaire, économique et politique tchadien prend d’assaut Kousseri pour sortir le général du pétrin. À 17 heures, la brigade territoriale de Kousseri ouvre la porte de la cellule après un coup de téléphone d’Idriss Déby à son homologue camerounais, Paul Biya. Le général beau-frère Boy est libéré. Celui-ci n’en est pas à ses débuts : il est bien connu de la police camerounaise, comme tant d’autres. Les 2 milliards de FF de faux dinars saisis en juillet 1998 sur Hassan Fadoul Kittir et l’arrestation du député Hamadaye dans la capitale de l’émirat de Bahreïn ne perturbent pas le sommeil de Déby. Il continue dans la contrefaçon, par personne interposée. Les faux billets entrent par le Cameroun sous escorte de la Garde présidentielle du Tchad, puis inondent N’Djaména et le reste du pays. Pour blanchir cet argent sale, les hommes de paille de Déby l’échangent contre la paie des fonctionnaires de province. Il y a un an, la France, inondée massivement de faux billets de F CFA et de FF, refuse d’échanger le CFA et le FF en provenance du Tchad. [1] Noir silence..., op.cit., p. 169. [2] Noir silence..., op.cit., p. 162 [3] Interview de Hassan Fadoul Kittir au journal électronique Alwihda, www. niiixpages.com/tchad [4] Noir silence..., op.cit., p.161. [5] Un chèque de la Barclays Bank (Royaume-Uni) de 4,5 millions de dollars, émis le 22 juin 1998, [6] Lettre datée de la Maison d’Arrêt de N’Djaména, le 23 septembre 1998, et mémorandum adressés à M. Luc Furhmann, premier conseiller à l’ambassade de France au Tchad par Privât K. Armand Grah. [7] Interview de Hassan Fadoul Kittir..., op.cit.
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