Après plus de neuf mois d’exil en France, l’opposant tchadien, le député fédéraliste Ngarléjy Yorongar, a foulé à nouveau le sol tchadien le 7 décembre 2008 aux environs de 22 heures. A l’aéroport international de N’Djaména, il est accueilli par une foule en liesse composée des militants de son parti venus des quatre coins du Tchad. C’est dans un vacarme assourdissant de klaxons et de trompettes qu’un long cortège l’a conduit à son domicile au quartier Moursal.
Quelques minutes après l’atterrissage de l’avion, M. Ngarléjy Yorongar accompagné d’une sénatrice française représentant l’Union interparlementaire, Mme Alima Boumedienne Thiery, font leur entrée dans le salon d’honneur de l’aéroport international de N’Djaména où ils sont aussitôt assaillis par une cohorte de journalistes. Sans se départir de son habituel hargne contre le régime de N’Djaména, M. Ngarléjy Yorongar affichant une mine joviale annonce aux journalistes : "je suis revenu chez moi dans mon pays, accompagné par une parlementaire comme moi pour s’assurer que je suis bien rentré. Je n’ai pas peur. Ai-je la gueule de quelqu’un qui a peur ? Cabri mort n’a plus peur de couteau. " A la question de savoir si son retour est le signe d’une accalmie au Tchad, le coordonnateur de la Fédération action pour la république (FAR/Parti Fédération) se lance alors dans l’égrenage des tentatives d’assassinat auxquels il a échappé depuis le règne de l’actuel Président de la République, Idriss Deby Itno : " comme vous le savez, avec votre Président Idriss Deby, tout peut arriver. Il avait promis en 1999 au président Clinton qui a envoyé le président du Nigeria pour venir me libérer, qu’il ne touchera pas à un seul cheveu de Yoro. Il a également promis cela au gouvernement français, mais vous vous rappelez en 2001, lors de la présidentielle où je l’ai battu, il m’a arrêté et torturé. Cette fois, c’est grâce au président de la Banque mondiale que je suis sorti vivant. Le 3 février, Deby a envoyé M. Chaïbo me faire enlever pour me liquider. Dieu merci, je suis en vie. Dans les jours qui suivent, je pourrais vous montrer l’endroit où j’ai échappé à la tentative d’assassinat à Walia, non loin des cimetières de Ngonmba. "
Pour une première entrevue avec les journalistes, le député fédéraliste s’est voulu bref. Au sortir de l’aéroport, il est acclamé par une foule de militants qui a entonné l’hymne national pour montrer à leur héros que son retour est un événement de portée nationale.
De l’aéroport jusqu’à son domicile au quartier Moursal, en passant devant le Palais présidentiel, cette foule de militants a exprimé sa joie par des parades. Ce retour du leader du Far a coïncidé avec celui du Premier ministre et de sa délégation rentrant de Tripoli. Mais pour les journalistes essentiellement du privé venus nombreux ce soir à l’aéroport Hassan Djamous, l’événement c’est avant tout le retour de Yoro. Les médias du public ont par contre boycotté l’événement à l’exception du Directeur de l’Office national de la radio et télévision(ONRTV) M. Abba Ali Kaya, venu pour le compte de l’AFP.
J’accuse !
Le lendemain, 9 décembre 2008, la Coordination executive fédérale du FAR organise une conférence de presse animée conjointement par la sénatrice française Alima Boumedienne et le député fédéraliste Ngarléjy Yorongar au domicile de ce dernier. A cette occasion M. Ngarléjy Yorongar a aligné une liste d’accusations contre le pouvoir en place. Il annonce qu’il compte porter plainte contre les commanditaires de son enlèvement. Il cite, entre autres le Président de la République, Idriss Deby Itno, et quelques membres du gouvernement dont Mahamat Bachir, Moussa Doumgor, Ahmat Allami, l’Ambassadeur de France et un capitaine français, M. Daniel Fonte. Le nom de Chaïbo est revenu à plusieurs reprises comme l’exécutant de l’assassinat de Ibni Oumar Mahamat Saleh.
Pour ceux qui l’ont torturé, M. Ngarléjy Yorongar affirme qu’il fera appel à la compétence des avocats français pour le défendre, car il ne fait pas confiance à ses compatriotes. Il cite en exemple le cas de la plainte de Me Jacqueline Moudeina qui n’a pas eu une issue favorable.
Sur la mort probable de M. Ibni Oumar Mahamat Saleh, M. Ngarléjy Yorongar accuse le silence complice du gouvernement qui refuse d’annoncer officiellement la mort du porte parole de la CPDC.
Le député fédéraliste Ngarléjy Yorongar a, au cours de cette conférence de presse, énuméré ses projets d’avenir. A court terme et moyen terme, il compte reprendre ses activités parlementaires et politiques et, à long terme, il envisage mettre en place les stratégies de campagne pour battre Idriss Deby Itno aux futures élections : " C’est cela le marquer à la culotte. À moins que Gilles Desesquelles et l’Union Européenne veulent accompagner la réélection de Deby ".
Innocent Simo et Edouard Takadji
Source : L’Observateur N°489 du 10 décembre 2008 p.4
Desesquelles sur les traces de Berçot
Aujourd’hui avec des élections libres et transparentes, le MPS gagnera sans souci car, c’est le seul parti structuré. L’opposition, la CPDC n’est pas soudée et ne pourra rien faire. Le MPS est représenté à travers tout le pays. Or, ce qui n’est pas le cas pour certains partis dont les militants ne peuvent pas remplir un cabine téléphonique ". C’est ainsi que s’exprimait M. Gilles Desesquelles, Ambassadeur Chef de la délégation de la Commission européenne au Tchad le 5 décembre. C’était au cours d’une conférence de presse avec des journalistes européens et Tchadiens en vue de les informer des actions entreprises par l’Union Européenne au Tchad tant dans les domaines de la coopération et de l’aide au développement. Cette déclaration du diplomate européen a suscité de vives réactions dans la salle et certains journalistes ont compris qu’il a choisi son camp à visage découvert. Pour enfoncer le clou, il a ajouté "la presse de l’opposition peut commenter ces propos si elle n’est pas d’avis. "
Personne ne sait quelle mouche l’a pique avec une telle sortie qui est contraire à son statut d’Ambassadeur. Un militant du MRS ne se serait pas exprimé différemment. Pai le passé, ce sont les ambassadeurs de France au Tchad dont le plus connu est M Berçot qui s’agitent. Mais ces derniers temps, nous constatons que M l’Ambassadeur Chef de la délégation de la Commission européenne au Tchad est au devant de la scène. Pour que M Desesquelles prenne le risque de se mettre à découvert de cette façon pour exprimer ouvertement ses préférences politiques, il y a sans doute un levier qui a été actionné, non pas à Bruxelles, mais probablement à Paris. Il va sans dire qu’il fait de l’ombrage à l’Ambassadeur de France au Tchad, M. Bruno Foucher dont le calme et la pondération sot appréciés.
Edouard Takadji
Source : L’Observateur N°489 du 10 décembre 2008 p.4