Le 3 février 2008, Idriss Déby a profité de l’attaque des rebelles pour me faire enlever en vue de me liquider physiquement comme il l’a promis à mes parents, jour pour jour en ce début de février 1999.
Je suis encore en vie grâce :
à Dieu Le Père,
à la mobilisation de certains Chefs d’État, dont le Président Omar Bongo Ondimba qui est intervenu auprès d’Idriss Déby quelques minutes après mon enlèvement,
à la mobilisation de la presse
aux Ong des Droits de l’Homme au Tchad, en Afrique, en Amérique et en Australie
à des personnalités politiques ou à des personnes ressources,
à des individualités
à des comités de soutien qui poussent comme des champignons dans la région bretonne et à travers la France,
aux Tchadiennes et aux Tchadiens tant de l’intérieur que de l’extérieur, etc.
Pour ce faire, j’adresse mes sincères et meilleurs remerciements à toutes celles et à tous ceux qui m’ont soutenu dans cette macabre épreuve.
J’ai décliné l’asile politique que la France m’a gentiment offert par la voix de son gouvernement pour plusieurs raisons. Il fallait d’abord éviter le piège à con que m’ont dressé Idriss Déby et ses hommes, je pense en particulier à Guélendouksia Nassour Ouaïdou, Président de l’Assemblée Nationale et Moussa Faki, Ministre des Affaires Etrangères qui ont voulu profiter de mon éventuel asile politique en France pour me destituer de mon mandat de Député - sans succès - et surtout faire invalider mon éventuelle candidature aux élections législatives de 2009 et présidentielles de 2010.
La seconde raison est que ma place est au Tchad et au Tchad seulement pour continuer le combat quels qu’en soient le prix, et le danger.
Je sais qu’à mon arrivée à N’Djaména, tout peut arriver. Je sais qu’Idriss Déby ne baissera les bras qu’une fois qu’il m’aura mis une balle dans la tempe comme il l’a promis, annoncé et programmé depuis le début du mois de février 1999.
Rappelez-vous que j’avais, lors des présidentielles de 2001 battu Idriss Déby qui m’a personnellement torturé après m’avoir fait enlevé pour, ensuite, s’autoproclamer « démocratiquement élu » à ma place avec la complicité des ennemis du Tchad. En dépit de tout ce qui précède, j’ai été élu à plus de 83% aux législatives de 2002 et les 58 candidats présentés par le Far/Parti Fédération dont j’ai eu l’honneur d’assumer la coordination ont tous été élus. Mais, une fois de plus Idriss Déby, par l’intermédiaire de la CENI et le Conseil Constitutionnel, a ramené le nombre des Députés élus à 10, de peur que les 58 Députés représentant plus d’un tiers (1/3) de l’hémicycle ne puissent le mettre en examen comme le permet la loi.
L’Union Interparlementaire de Genève a décidé de me faire accompagner pour mon retour à N’Djamena par la sénatrice Alima Boumediene-Thiéry, ce dont je suis très reconnaissant.
Je viens d’apprendre qu’Idriss Déby s’est rendu à Bangui pour assister au dialogue inclusif qui se déroule actuellement en RCA et dont le but et de ramener la paix dans ce pays d’Afrique centrale en proie à des conflits armés depuis 2005. Rappelons ici que Déby s’oppose catégoriquement à la tenue d’un tel dialogue inclusif au Tchad. Ceci dénote la mauvaise fois de ce dernier, mais constitue surtout une insulte au peuple tchadien. Nous en appelons à M. Nicolas Sarkozy, Président de la République Française et à la communauté internationale pour faire pression sur ce dernier et le ramener à la table des négociations.
Mille fois merci. Le combat continue.
Paris, le 8 décembre 2008.
Le Député Ngarlejy YORONGAR