
République du Tchad Unité-Travail-Progrès
Assemblée Nationale
Le Député Fédéraliste Ngarlejy Yorongar
Excellence Monsieur Nicolas Sarkozy,
Président de la République Française,
Excellence Monsieur le Président,
C’est avec un réel plaisir et une profonde émotion que nous avons suivi votre très brillante et incontestable élection à la présidence de la République, ce dimanche 6 mai, depuis notre pays, le Tchad. Nous formulons des vœux pour que votre mandat à la tête de ce grand pays qu’est la France puisse vous permettre d’opérer une "rupture" avec la politique africaine de vos prédécesseurs.
Nous ne vous apprenons rien de l’immixtion militaire et politique sans cesse néfaste de la France dans les affaires intérieures de beaucoup de pays africains. Outre le cas du Tchad depuis 1968, ceux du Rwanda, de la Côte d’Ivoire, du Congo-Brazzaville, de la République démocratique du Congo, du Centrafrique, etc. illustrent à merveille de ce que fait la France en Afrique.
Parlant du Tchad où le régime barbare et génocidaire en place incarné par le général Idriss Déby a volé notre victoire à l’élection présidentielle de mai 2001 avec le concours très actif de l’ambassadeur de France de l’époque, Monsieur Jacques Courbin, nous souhaiterions du fond du cœur que s’établissent entre nos deux pays, une nouvelle coopération militaire, politique et de développement à visage humain. Nous sommes prêt, en tant que député et homme politique tchadien, à y travailler sérieusement.
D’autre part, nous osons croire que vous traduirez dans les faits, les propos que vous avez tenus à propos de la présence militaire française en Afrique pendant votre campagne et après votre élection.
Parlant de la présence militaire française au Tchad, par exemple, nous vous rappelons tout simplement que le parlement français a, par la loi du 9 novembre 1976, ratifié l’accord de coopération militaire technique signé à N’Djaména entre la France et le Tchad, les 6 mars et 19 juin 1976. Cet accord signé du côté français par le Premier Ministre d’alors, SEM Jacques Chirac, dispose clairement et sans équivoque que :
« Article 1 : A la demande du Gouvernement de la République du Tchad, le Gouvernement de la République Française apporte, dans la limite de ses possibilités, le concours en personnels militaires français qui lui sont nécessaires pour l’organisation et l’instruction des forces armées du Tchad. Ces personnels sont mis pour emploi à la disposition du haut commandement des forces armées Tchadiennes.
Article 4 : Les personnels militaires français servent dans les forces armées tchadiennes avec leurs grades. Ils revêtent l’uniforme tchadien ou la tenue civile suivant les instructions de l’autorité militaire tchadienne. Ils sont tenus de se conformer aux règlements en vigueur dans les forces armées tchadiennes (...). Ils ne peuvent en aucun cas participer directement à l’exécution d’opérations de guerre ni de maintien ou de rétablissement de l’ordre de la légalité... ».
Mais, en dépit de la limpidité et de la clarté de cet accord, la France continue de violer allègrement sa signature en participant "directement à l’exécution d’opération de guerre..." avec ses militaires et ses avions stationnés sur place au Tchad.
Nous dénonçons avec force cette façon de faire de vos prédécesseurs. La France, berceau des Droits de l’Homme, de la démocratie par excellence cité en exemple ne doit pas renier ses signatures comme c’est présentement le cas.
« Je veux lancer un appel, dites-vous ce dimanche mémorable 6 mai 2002 , à tous ceux qui, dans le monde, croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie, de l’humanisme. A tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures, je veux dire à tous les enfants à travers le monde, à toutes les femmes martyrisées dans le monde, je veux leur dire que la fierté et le devoir de la France sera d’être à leurs côtés. La France sera aux côtés des infirmières bulgares enfermées depuis huit ans ».
Nous espérons que vous allez mettre un terme définitif à la tyrannie incarnée par le général Idriss Déby en le conseillant de s’asseoir plutôt autour d’une table avec toute son opposition tchadienne y compris les politico-militaires dont il n’aime pas entendre parler pour envisager un règlement du conflit.
Vous avez toutes les capacités et les moyens nécessaires de lui faire entendre raison. C’est grâce à l’unique soutien de l’armée française qu’il continue à garder son pouvoir au détriment du peuple du Tchad. Nous avons besoin de nouer un autre type de relation avec la nouvelle génération d’hommes politiques français.
Voilà pourquoi nous vous demandons d’intervenir afin d’éviter le pire au Tchad et dans le Darfour soudanais. Comme mentionné dans notre lettre adressée à SEM. Ban Ki-Moon, Secrétaire Général des Nations-Unies, lettre dont copie vous a été envoyée par nos soins la semaine dernière, c’est le Général Idriss Déby qui a créé les rebellions du Darfour pour le besoin de son maintien au pouvoir (cf. rapport des experts du Conseil de Sécurité des Nations-Unies à propos).
En vous souhaitant une bonne arrivée à l’Elysée et espérant que votre présence dans cette Grande Maison pourra favoriser une nouvelle dynamique dans nos relations, nous vous prions de bien vouloir agréer, Excellence Monsieur le Président de la République Française, l’assurance de notre considération déférente.
N’Djaména, le 7 mai 2007
Le Député Ngarlejy YORONGAR